Lettre FO-Cadres 139

RÉFORMES DES RETRAITES, D'AUTRES SOLUTIONS EXISTENT

La réforme des retraites, engagée à marche forcée par le gouvernement, ne rassure pas les salariés et encore moins les cadres. Selon le baromètre HEC-Figaro de mai 2010, plus de 72% d'entre eux avouent leur profonde inquiétude.

 

Rien d'étonnant lorsqu'on sait que les réformes de 1993 et de 2003 ont précipité la baisse du niveau des retraites et ont conduit le taux de remplacement à 60 ans à passer en dessous de 40 % dès lors que l'entrée en emploi excède 22 ans. Dans ces conditions, un nouvel allongement de la durée de cotisation et un report de l'âge légal de départ, tels que les envisage le gouvernement seraient inévitablement un nouveau coup dur pour des salariés déjà fortement fragilisés. Sans parler du sort réservé aux plus jeunes que l'entrée tardive sur le marché du travail en raison notamment de la poursuite de leurs études supérieures, pénalisera immanquablement.

Face à cette inquiétude, le dernier rapport du COR n'est pas fait pour rassurer. Basés sur des projections à 40 ans, les scénarii alarmistes annoncent des déficits record à l'horizon 2050, entre 72 et 114 milliards d'euros. Un seul fait est néanmoins incontestable : le nombre croissant de personnes âgées couplé avec l'augmentation de l'espérance de vie à la naissance. Un progrès social que traduit la détérioration relative du ratio de dépendance démographique. Un défi qui n'en demeure pas moins transitoire. Alors par conséquent rend-il inéluctables le report de l'âge légal et l'allongement de la durée de cotisation ? Certainement pas ! Car le problème des retraites est essentiellement un problème de financement. Un besoin que le COR chiffre entre 1,7 et 2,7 points de PIB jusqu'en 2050. Pour y parvenir, l'augmentation des ressources est incontournable. Quoi de plus normal si l'on veut couvrir la croissance des besoins de protection sociale. Parmi les nombreuses mesures, la hausse proportionnée des cotisations élargies au revenu du capital est tout à fait envisageable. D'autant plus envisageable qu'elle va dans le sens d'une répartition plus juste des richesses tant par la dynamisation des politiques salariales que par une réforme fiscale et une mise à plat des mesures d'exonérations sociales.

Des options qui sont certes à rebours de la doxa libérale et qui enjoignent le politique à reprendre ses droits face au pouvoir de la finance spéculative. Sans quoi le déficit politique et l'orgie idéologique par l'engouement pour le marché laisseront place au vide et conduiront à penser qu'aucune politique économique n'est possible pour créer les conditions d'une croissance créatrice d'emplois durables.

Reste que l'accroissement du besoin de financement des retraites lié à la crise nécessite une réponse immédiate de l'État, avec la même détermination que celle qui a prévalu pour sauver le système bancaire. Puisque d'autres solutions existent, autant le dire !

Il est possible de se départir de cette rhétorique du désespoir et du fatalisme mise en avant dans les nombreux discours sur ce dossier.

Pour l'heure, alors que les alternatives au recul social se heurtent à l'acharnement idéologique du gouvernement, une riposte syndicale s'impose. Elle appelle des revendications claires et partagées par tous pour que l'unité d'action et les modalités de sa mise en oeuvre soient envisageables, crédibles et efficaces. Une condition qui fait encore malheureusement défaut à ce jour. Or les raisons d'agir sont depuis longtemps réunies et connues de tous. Car la défense des retraites est au coeur d'un choix de société, de justice et de progrès social. Un choix qui conduit au refus du report de l'âge légal à 60 ans et de l'allongement systématique de la durée de cotisation.

Un choix que les cadres et ingénieurs FO défendront avec force et conviction lors de la journée de grève interprofessionnelle et du rassemblement national le 15 juin à Paris à l'appel de la Confédération FO.

Eric PERES

Secrétaire Général FO-Cadres

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site