Didier Bernus

La réorganisation de l'hôpital décriée

 

 

 

 

 

La réorganisation de l'hôpital décriée

 

CHAUNY - Le Monsieur santé du syndicat Force Ouvrière était présent vendredi, au centre hospitalier. Il a pointé du doigt les effets négatifs de la réorganisation.

Le diagnostic établi par Didier Bernus, le secrétaire général FO représentant la fédération des services publics et de santé, n'est guère séduisant pour le centre hospitalier de Chauny. En cause, la réorganisation des services pour permettre un retour à l'équilibre financier en 2014, selon le souhait formulé par l'Agence régionale de santé.
Le responsable syndical est allé à la rencontre des agents travaillant au service de la médecin, aux urgences ou encore à la chirurgie. Qu'a-t-il retenu ? « Partout où je suis allé, j'ai entendu le personnel évoqué la question des conditions de travail. Et vous savez, je n'ai pas eu à les forcer en leur demandant si tout allait bien ; ils n'en peuvent plus. Dès qu'il y a des congés ou un arrêt de travail, les services sont désorganisés car la personne manquante n'est pas remplacée. Par conséquent, des équipes se trouvent en sous-effectif ou alors, il faut rappeler ceux qui sont en repos », déplore Didier Bernus.
En un an, cinquante agents du centre hospitalier de Chauny n'auraient pas été remplacés (départs en retraite, mutations...).
L'établissement ne serait pas le seul dans ce cas-là. « Je me rends régulièrement dans les hôpitaux de France ; ce genre de problème revient systématiquement. Mais on ne peut pas faire tourner des établissements hospitaliers en comptant uniquement sur la conscience professionnelle du personnel », souligne le syndicaliste.

« Le personnel est en souffrance »

Un avis que partage Jean-Louis Misson, secrétaire général FO au centre hospitalier de Chauny : « Le personnel est en souffrance. D'ailleurs, le nombre de congés maladie a explosé. Il y a des inquiétudes à tous les niveaux hiérarchiques. Le dialogue social existe mais on a l'impression que le fossé se creuse entre la direction et le terrain. »
Le syndicat n'en veut pas directement au directeur de l'établissement ; en revanche, il n'apprécie guère la politique menée par le gouvernement. « Depuis 1990, on nous dit qu'il faut réorganiser les hôpitaux ; à force d'être réorganisé, ça devrait fonctionner...Nous y sommes aussi favorables mais avec des moyens suffisants. Or, ce n'est pas le cas. Maintenant, on nous parle de productivité. Mais ça veut dire quoi ? », interroge le syndicaliste national.
Ce dernier a parlé de tout cela avec les agents mais aussi la direction de l'hôpital. Et après ? « On va continuer à se bagarrer pour sauver des postes et pour écouter les collègues, et c'est déjà important car il y a un manque de communication », annonce-t-il.
La sirène d'alarme est tirée, reste à savoir si elle sera entendue jusque dans les plus hautes sphères de la santé.

 

 

CE QU'EN DIT LE DIRECTEUR
Avant de prendre connaissance du diagnostic réalisé par le syndicat FO, qui se partage la représentation du personnel avec une autre organisation syndicale, nous avons rencontré le directeur.
Pour Philippe Arezki, « la réorganisation est positive ». Elle répond aux attentes placées en elle. « Je peux vous dire que l’hôpital de Chauny se porte bien ; on sent les premiers effets de la réorganisation. Si on poursuit sur cette voie, le retour à l’équilibre budgétaire en envisageable pour 2013/2014. »
Concernant les maux exprimés par le personnel, il ne les nie pas ; il les met sur le compte du changement d’organisation..

Ludovic QUILLET

Didier Bernus, le patron de FO santé en visite au centre hospitalier L'hôpital en souffrance!



Didier Bernus, le patron de FO santé en visite au centre hospitalier L'hôpital en souffrance


À situation exceptionnelle, visite exceptionnelle. Hier, le secrétaire général national FO santé était à l'hôpital pour écouter les agents dire leur mal-être, causé par la restructuration en cours.

ÊTRE entendu est une chose, mais être écouté, c'est beaucoup mieux. Ecouter, c'est ce qu'a fait hier Didier Bernus le patron national de force ouvrière santé à l'hôpital de Chauny.


Après avoir rencontré le directeur, c'est auprès des agents dans différents services qu'il s'est rendu, où il a constaté un réel mal-être et des conditions de travail particulièrement dégradées. « Les effectifs sont tendus. Dans les services, lorsqu'il manque quelqu'un, certains sont rappelés sur leurs jours de congés. Les agents n'en peuvent plus. Ils subissent une pression quotidienne et ont peur de parler par crainte de représailles. Dans quel monde vit-on ? Ce n'est pas supportable, cela remet en question la qualité des soins et un hôpital ne peut pas tourner en ne comptant que sur le dévouement de ces agents », a fait savoir le secrétaire général, entouré des membres FO du centre hospitalier et des « camarades » de l'Aisne et de Picardie.

 

La visite de Didier Bernus a été sollicitée par les syndicalistes locaux, pour qui c'est un signe fort du soutien de leur syndicat, mais aussi la confirmation du malaise qui règne au sein de l'hôpital.
« Chacun doit prendre conscience de la dégradation du travail. Je tire la sonnette d'alarme. Le directeur n'est pas responsable de cette situation, puisqu'il fait avec le budget qu'on lui donne. Il y a un vrai problème de moyens pour l'hôpital public et pas qu'à Chauny. La baisse des budgets de santé pose de réels soucis aux établissements. A Chauny pour une activité qui a augmenté de 15 %, il y a eu 2 % d'augmentation de la dotation. Les décisions prises par nos élus affaiblissent l'hôpital public. »


Cinquante postes en moins


À ce jour, l'hôpital compte environ 725 employés. 50 postes ont été perdus en moins d'un an et les arrêts maladies explosent, tant « le personnel est en souffrance ».


Et si pour le syndicat, le dialogue social existe, il y a un vrai fossé entre les décisions prises par les autorités et la réalité sur le terrain.

« Nous ne sommes pas contre la réorganisation, mais elle doit s'accompagner de moyens. Pour Chauny nous sommes incapables de dire ce qui va réellement se passer dans l'avenir. Il y a une incertitude palpable dans tous les services. Et même les efforts consentis aujourd'hui, personne ne sait s'ils seront payants au final », a ajouté Dider Bernus.


Pour Jean-Louis Misson le secrétaire général FO pour l'hôpital, le problème est le besoin de rentabilité imposé aujourd'hui.

« On nous parle d'améliorer la productivité et personne ne sait vraiment où l'on va. Nous nous battons chaque jour et nous avons mis en place des permanences pour que les gens puissent parler. » Car c'est bien le manque d'écoute qui pèse aussi sur les esprits.
« Rien que ça, c'est important, ça parait peu mais ce serait déjà une bonne chose car, au sein de cet hôpital il manque un paquet d'information au personnel. »


Et s'il n'est pas trop tard pour consoler les hospitaliers Chaunois, Didier Bernus, qui parcoure la France à la rencontre des agents, cherche encore l'établissement qui ne connaît pas aujourd'hui de problèmes de conditions de travail. Chauny n'est certes pas un cas isolé mais c'est celui qui compte pour nous.


Samuel PARGNEAUX
spargneaux@journal-lunion.fr

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